Urban Soul - Naughty Boy

All eyes on... Naughty Boy

23
mai
2013

Au départ, cet article n’était censé être qu’une présentation du dernier clip de Naughty Boy. Mais je me suis encore une fois perdue dans mes recherches et j’ai trouvé l’histoire de cet auteur et producteur britannique trop fantastique que pour ne pas être racontée. Je vous présente donc Shahid Khan.

Dans le milieu, Shahid est mieux connu sous le pseudo de Naughty Boy. Il y a quelques années, il n’était encore qu’un étudiant en Music Technology, livreur de pizzas chez Domino’s à ses heures. Malgré sa passion, le jeune homme a toutefois fini par abandonner ses études en 2006. Désireux d’investir dans du matériel audio sans en avoir les moyens, il a alors décidé de s’inscrire à l’émission Deal or No Deal, version UK d’À prendre où à laisser dans laquelle il a passé 26 semaines à ouvrir des boîtes aux autres candidats avant d’enfin connaître son heure de gloire et de repartir avec 44 000 livres, soit plus de 51 000 euros. Mais le conte de fées ne s’arrête pas là : la même année, Shahid recevait une gracieuse bourse du Prince’s Trust.

Avec ce joli pactole, il s’est acheté un solide équipement, une Audi A3 de seconde main et a pu subvenir à ses besoins pendant un stage non-rémunéré aux feus Townhouse Studios. « C’était génial. Elton John était là, Damon Albarn, Ian Brown. Je faisais juste le thé et j’essayais d’apprendre comment utiliser le matériel dès que j’avais un instant de libre », a-t-il confié au site britannique Standard. C’est également avec cet argent qu’il payait généreusement des nuits au Bed & Breakfast des environs à une certaine Emeli Sandé, qui faisait régulièrement le voyage d’Écosse pour travailler sur leurs projets musicaux.

C’est en effet avec le single Daddy de la chanteuse que j’ai entendu parlé de Naughty Boy pour la première fois. Mais le génie de 27 ans se cache en réalité derrière la majorité des titres de son album Our Version of Events, à la fois en tant qu’auteur et compositeur. Leur rencontre, fruit du hasard, remonte cependant à 2008, après un showcase d’Emeli. L’année suivante, alors que Shahid arrive à court d’argent, il décroché son premier morceau dans le top 10 en produisant le Diamond Rings de Chipmunk sur lequel on peut entendre la star écossaise.

En septembre, après bientôt 3 ans de dur labeur, Naughty Boy sortira son premier album intitulé Hotel Cabana. On y retrouvera bien évidemment Emeli Sandé, qui donne d’ailleurs de la voix sur le premier single Wonder, mais aussi Ed Sheeran, Tinie Tempah, Professor Green, Wretch 32, Gabrielle, George The Poet, Ella Eyre, Mic Righteous ou encore Chasing Grace. Tous sont les protagoniste d’une histoire que le producteur a choisi de déployer musicalement et visuellement. « Je veux que ce soit un album de notre temps : il a un concept donc ça ressemble plus à un film sous certains aspects, avait-il récemment révélé. Je l’ai conçu comme un producteur, mais aussi comme un réalisateur. » Et en effet, à en juger par la bande-annonce dévoilée il y a quelques mois, on a l’impression de regarder un trailer au cinéma.

À l’instar de Labrinth, Naughty Boy est désormais l’un des personnages-clés de l’industrie musicale britannique. « La musique britannique est plus passionnante que jamais, a-t-il déclaré à Standard. Je ne me précipite pas vers l’Amérique. Emeli et moi avons fait une chanson pour Rihanna (ndlr : Half of Me) mais on l’a faite ici. On m’a récemment proposé de travailler avec Mariah Carey mais j’étais trop occupé. Je veux que la musique britannique soit à son apogée. » Et s’il pouvait parvenir au sommet sans trop se montrer, il n’en serait que plus heureux. « J’ai délibérément évité de montrer mon visage tout au long de ce processus. Je veux juste que les gens se connectent avec la musique », a-t-il expliqué. En effet, jusqu’à présent, le musicien n’apparaît ni sur les pochettes de ses singles, ni dans ses clips, y compris celui du deuxième extrait La La La.

Cela n’empêche pas ce dernier d’être une vraie pépite pour les yeux, à tel point qu’il mériterait bien un prix selon moi. Tournée en Bolivie par Ian Pons Jewell, cette vidéo nous emmène dans les rues de La Paz jusqu’aux mines de Potosí en passant par l’impressionnant désert de sel d’Uyuni. Et si ce clip m’émerveille autant, c’est parce qu’il revisite l’histoire du Magicien d’Oz avec le chien chow chow dans la peau du Lion, l’ouvrier dans celle du Bûcheron en fer blanc et le Kusillo, personnage du folklore bolivien, en Épouvantail. Il contient d’ailleurs de nombreuses autres références à la culture du pays d’Amérique latine comme El Tío, statue diabolique que l’on peut apercevoir à la fin et qui gouverne la mine en étant tout aussi bien capable de protection que de destruction. Libre à vous désormais d’en faire votre propre analyse parce que Naughty Boy refuse d’en dire plus pour l’instant. Je ramasse les copies dans deux heures…

« J’aime les grandes mélodies et j’adore les paroles qui font réfléchir. J’ai une vision sans fin de la musique en tant que tout et je pense que cela se reflète dans mon album, a-t-il raconté à Fiasco Plus. La phrase ‘covering my ears like a kid’ et la vidéo résument bien l’atmosphère et le mystère du projet : tout finira par s’expliquer et c’est l’une des toiles de fond de l’histoire de l’album. »

Après la sortie de son opus, Naughty Boy ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et vous ne serez probablement pas surpris d’apprendre qu’il aimerait composer la bande originale d’un film ou offrir ses services à Bollywood…

Aimez Naughty Boy, suivez Naughty Boy.