Bruno Major & ses parfaites imperfections (interview)

14
Nov
2016

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Chaque rêve est un voyage mais pour Bruno Major celui-ci fut un périple riche en détours. Cela n’a toutefois pas empêché l’artiste britannique d’apprécier chaque paysage, chaque compagnon de route et même chaque obstacle rencontré en chemin. Il s’amuse en effet volontiers de son premier album étouffé dans l’œuf, me confiant « Tu ne l’entendras jamais : il est dans le caveau des rêves brisés ». Tirant des leçons de chacune de ses expériences, il est parvenu à trouver sa voie lentement mais sûrement, en prenant la vie et la musique comme elles viennent, avec toutes leurs petites parfaites imperfections. Et c’est comme ça que la magie opère !

N’oubliez pas de lire la première partie de notre interview si ce n’est pas encore fait !

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Tu as commencé la guitare à 7 ans et ton frère (Dominic ‘Dot’ Major de London Grammar) a appris à jouer de la batterie et de la guitare très tôt lui aussi. Comment était l’ambiance à la maison ? C’était concert tous les soirs ? 
Oui, on nous comparait aux von Trapp ! Mon papa joue de la guitare donc il y en avait toujours une qui traînait quelque part dans la maison. Je suppose que j’en ai juste pris une et j’ai commencé à jouer. Et puis, on a eu un piano donc tout s’est enchaîné très naturellement.

Il me semble que tu as eu l’occasion de jouer avec Erykah Badu et Lalah Hathaway…
C’est exact ! J’ai joué pour Lalah au sein de son groupe et ce fut un grand honneur pour moi. Quant à Erykah, c’est plutôt dû au hasard : je jouais au Troy Bar de Shoreditch et elle se produisait au Hammersmith Apollo ce soir-là. Elle est entrée, elle est restée et elle a fait un bœuf avec nous. C’était vraiment incroyable ! C’était étrange parce qu’il y avait en fait cette fille qui chantait sur scène… C’était un genre d’open mic où les gens pouvaient se lever, balancer un titre et on s’exécutait. Très nu soul, jazz… Donc cette fille se lève et réclame Tyrone d’Erykah Badu. On est en train de jouer le morceau et Erykah Badu fait son entrée dans le bar ! Elle s’avance, prend place tout devant, puis se lève, s’empare du micro et finit le morceau ! Les gens sont devenus fous ! C’était dingue !

C’est merveilleux ! Que retiens-tu de ces expériences avec d’autres artistes ?
Je pense que la seule façon d’apprendre est de jouer avec des personnes bien plus douées que soi. J’ai appris énormément en jouant avec ces gens qui sont à un très haut niveau et je suis reconnaissant d’avoir pu vivre ces expériences. En ce qui concerne Lalah, elle chantait un set de deux heures et le jeu des musiciens était vraiment intense. Son guitariste est Errol Cooney et il joue aussi pour Stevie Wonder. Il ne pouvait pas participer à ce concert parce qu’il devait se produire avec Stevie. Donc j’ai dû apprendre son set et c’était intimidant parce qu’il est juste formidable. Mais j’ai plus appris pendant ces deux semaines passées à bûcher que dans toute ma vie ! Je me souviens aussi d’un accord qu’elle a chanté et je n’y croyais pas mes yeux parce que je pense qu’il n’y a qu’elle pour faire ça.

Tu as commencé à chanter assez tard, à 22 ans. Qu’a-t-il fallu pour que tu aies confiance en ce talent ? Car je suppose que c’est un manque de confiance qui t’a empêché de ne pas sauter le pas plus tôt…
Je ne sais pas du tout. Je pense qu’il a fallu en partie me convaincre que je n’allais pas avoir l’air d’un idiot. Mais j’ai toujours écrit de la poésie et j’ai toujours composé donc à un moment donné, je me suis dit « Attends, j’ai la musique et j’ai les mots… Je devrais probablement juste écrire une chanson ! ».

Te souviens-tu de la première chanson originale que tu as interprétée et de ce que tu as ressenti à ce moment précis ?
C’était étrange au départ. Et puis… Tu sais, c’est drôle parce que j’ai passé tellement de temps à apprendre à jouer de la guitare, j’ai tellement travaillé là-dessus, tandis que l’écriture est vraiment venue naturellement. Je n’ai pas dû trop y penser. Ça vient de l’intérieur et c’est sincère donc… En fait, je me suis senti plutôt bien en présentant ces morceaux.

Après ton EP Live en 2014, tu sors désormais tes nouvelles compositions en tant qu’artiste indépendant. Comptes-tu rester dans cette situation ou tu es ouvert à l’idée d’un possible contrat en maison de disques ? 
Je trouve ça vraiment beau de pouvoir faire ce que l’on veut en tant qu’artiste. Je peux sortir ce que je veux, quand je veux, et je gagne enfin de l’argent ce qui est vraiment bizarre mais cool ! Donc je ne sais pas. Peut-être un jour, dans le futur, mais pour l’instant, je ne pense pas.

J’ai remarqué une différence entre ton son de l’époque et la musique que tu présentes actuellement. L’EP Live tendait un peu plus vers la folk et ta guitare y tenait une place centrale, ce qui n’est pas le cas de tes nouvelles chansons. Cette guitare plus discrète relève-t-elle d’un choix conscient ?
En fait, avant, c’était juste un projet live donc ce n’était que moi en train de jouer tandis que maintenant, il y a de vraies productions derrière. Je suppose que ce n’était pas vraiment conscient ; c’est juste que je n’avais jamais sorti de projet live auparavant. Donc j’étais simplement en train de façonner mon son.

Je pensais que c’était peut-être une manière pour toi de mettre le chanteur en lumière plutôt que le guitariste, ce qui aurait expliqué pourquoi la guitare est moins présente et apparaît en fin de chansons…
Je n’y ai vraiment pas réfléchi. Je fais simplement la musique que j’aime.

À côté de ça, tu as composé la musique des pièces de théâtre As You Like It et A Midsummer Night’s Dream de Shakespeare, tu as placé un titre sur la bande originale du film The Giver, tu as écrit pour SG Lewis et Liv Dawson…
Tu as mon CV en face de toi ? Tu devrais travailler pour les Services Secrets ! (C’est ce que je dis tout le temps ! Quand mes amies flashent sur quelqu’un dans un bar, j’arrive toujours à le retrouver !) Wow… Faut faire attention ! (Oui, j’aurais dû être détective… Mais donc, pour revenir à ma question, est-ce que tu approches la musique différemment quand tu travailles sur ce genre de projets ?) Oui, c’est différent quand tu écris pour quelqu’un d’autre parce que tu dois prendre en compte leurs émotions et leurs opinions et écrire de la musique convenant à leur répertoire. Donc oui, c’est très différent mais c’est quelque chose que j’adore et qui me permet d’apprendre beaucoup. (Qu’en est-il des pièces de théâtre ?) Eh bien, j’ai composé la musique de deux spectacles et c’était super. Les paroles étaient déjà là, donc c’est cool parce que tu n’as pas à penser aux mots, ce qui est assez sympa. Il faut toujours puiser au fond de soi et de ses émotions quand on est auteur et c’est plutôt épuisant, donc c’est agréable de déjà avoir les mots devant soi pour une fois et de composer avec, de laisser la musique venir.

Revenons à ta musique à toi ! J’adore Wouldn’t Mean A Thing et tous ces changements de rythme, le fait que l’on puisse entendre ta respiration, des bruits de bouche et tes doigts bouger sur les frettes de la guitare… Tout ça est très organique. Peux-tu m’en dire plus sur l’enregistrement ?
J’ai écrit le titre avec mon ami Reuben James qui est un vrai génie ! On a enregistré les pistes vocales avec le fredonnement le jour où on l’a écrit. Puis j’ai enregistré et produit le morceau avec mon ami  Phairo qui a également fait There’s Little Left et on est donc parti de là. (Ce côté brut était donc intentionnel ?) Oui, à 100% ! J’adore ça ! J’aime pouvoir entendre ces imperfections…

Quels projets sont donc en cours ? Je t’ai vu en studio avec Jimmy Napes, Disclosure, Frances… Tu écris pour eux ou tu travailles avec eux sur ta propre musique ?
Je fais les deux en permanence : je travaille sur ma musique et écris pour d’autres tous les jours ! (Avec qui as-tu travaillé sur tes projets personnels alors ?) Je bosse juste avec Phairo. (Quel est ton plan ? Peut-on s’attendre à un EP ou un album ?) Alors, le plan est de dévoiler une chanson tous les mois et d’accompagner tout ça d’un maximum de concerts. Le plus excitant dans tout ça, c’est que tout se fait sur le moment donc le titre du 31 octobre a été réalisé en octobre. (Envisages-tu de tourner des clips pour certains titres ?) Oui, j’y pense. À suivre…

J’ai une dernière question pour toi : comment devrait-on écouter ta musique selon toi ?
Mmh… Je suppose que chacun peut l’écouter comme il veut ! Quelqu’un a dit un jour – je ne me souviens plus qui (ndlr : il s’agit de Dave Grohl) – que ce qui est génial avec la musique, c’est qu’on peut chanter un morceau à une centaine de gens et ils le chanteront en chœur avec toi pour une centaine de raisons différentes.

Aimez Bruno, suivez Bruno.




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